L’interprofessionnalité suppose « un véritable projet d’entreprise »

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L’avenir des experts-comptables serait-il dans l’interprofessionnalité ? Le syndicat ECF de la profession comptable a creusé le sujet dans le cadre d’un Barcamp dédié le 13 novembre 2018.

L’interprofessionnalité est un enjeu central pour les experts-comptables, qui peuvent se rapprocher d’autres conseils comme les avocats ou les notaires, pour s’orienter vers le fameux guichet unique. Bien conscient de cela, le syndicat ECF a organisé mardi 13 novembre 2018 à Paris un Barcamp autour de ces questions.

Experts-comptables, avocats, notaires… plusieurs manières de travailler ensemble

« Demain, nos cabinets seront bien plus protéiformes qu’aujourd’hui » a souligné le Président d’ECF Jean-Luc Flabeau en introduction du Barcamp, rappelant aussi la nécessité d’évoluer autour d’une stratégie.

Face à la montée en puissance des solutions de robotique et autres nouveaux entrants sur le marché, le regroupement est une perspective à considérer, notamment entre professionnels d’horizons différents, pour aborder le full service et les missions à forte valeur ajoutée.

A cette fin, comme le précise Jean-Luc Flabeau, il existe plusieurs manières de travailler ensemble. Un rapprochement informel tout d’abord, sans structure dédiée, où l’expert-comptable peut par exemple orienter son client vers tel avocat ou tel notaire de confiance. Ensuite, pour aller plus loin et structurer les rapports de manière formelle, il existe des outils juridiques adaptés, comme la société pluri-professionnelle d'exercice (SPE).

Néanmoins, force est de constater que cette dernière récolte des suffrages assez limités : aujourd’hui, seulement treize SPE sont inscrites à l’Ordre des experts-comptables… Dès lors, comment faire pour développer cette solution de l’interprofessionnalité, qui pourtant semble dessiner un avenir radieux pour les hommes du chiffre et du droit ? La réponse lancée lors du Barcamp ECF : cultiver un esprit commun d’entreprise !

Ni experts-comptables, ni avocats, tous chefs d’entreprise !

Selon Jean-Luc Flabeau, « passer d’une interprofessionnalité informelle à une interprofessionnalité formelle suppose d’avoir un véritable projet d’entreprise » avec une réflexion commune, orientée business et non pas enfermée dans les particularités métiers.

L’avocat Tristan de La Rivière, également présent lors du Barcamp ECF, confirme : « Je suis intimement persuadé que le nœud est là. (…) Chacun présente un attachement fort à sa profession mais pour que le projet fonctionne, il faut que l’expert-comptable comme l’avocat devienne plus un chef d’entreprise qu’un représentant de sa profession. »

Le point de vue doit donc évoluer : ni experts-comptables, ni avocats, tous chefs d’entreprise ! Le projet, le business plan, le rapport au marché, les valeurs communes doivent prendre le pas sur l’approche métier voire corporatiste, et gommer les différences. Didier-Yves Racapé, expert-comptable et commissaire aux comptes également présent, ajoute en ce sens : « Si on ne sait pas upgrader l’approche, lui faire prendre de la hauteur, on n’assurera pas la renaissance vers la transversalité. »

Pour autant, le droit et le chiffre ne doivent pas se mélanger allègrement sans organisation. Il importe encore de raisonner en termes de pôles de compétences. Mais le maître-mot de l’interprofessionnalité est manifestement le partage. « Je pense que l’interprofessionnalité est une manière de dire : on développe ensemble pour avoir une compétence ensemble » conclut ainsi l’avocate Audrey Chemouli.

Hugues Robert