Le 11 juin 2026, l'initiative Science Based Targets (SBTi), l’organisme de référence mondial pour la définition d'objectifs climatiques d'entreprise, a publié la version 2.0 de sa norme Corporate Net-Zero. Une mise à jour majeure qui rompt avec une logique de simples déclarations d'intention pour exiger des résultats concrets.
Pendant dix ans, le SBTi a construit sa réputation en aidant les entreprises à se fixer des objectifs de réduction d'émissions alignés sur la science climatique. Mais fixer des objectifs ne suffit plus. C'est le message central de cette version 2.0 que le SBTi présente lui-même comme une rupture : l'organisme entend désormais se positionner non plus comme un simple « fixateur d'ambitions », mais comme un « partenaire de mise en œuvre ».
Selon le SBTi, la norme mise à jour vise à impulser une transformation concrète des entreprises en intégrant des objectifs scientifiques au cœur de leurs processus décisionnels, de leurs opérations à leurs chaînes de valeur en passant par l'allocation de leurs capitaux. « Les entreprises nous ont dit qu'elles avaient besoin d'un partenaire capable de favoriser la mise en œuvre, et c'est précisément l'objectif de la norme Corporate Net-Zero Version 2.0. », souligne David Kennedy, directeur général du SBTi
Une norme plus souple… mais plus exigeante sur les résultats
La principale innovation de la version 2.0 réside dans son abandon du modèle « taille unique ». Là où la version précédente imposait un cadre uniforme à toutes les entreprises, la nouvelle norme introduit « un éventail d'options de définition d'objectifs qui reflètent différents contextes commerciaux tout en restant cohérentes avec les données scientifiques ».
Secteur d'activité, géographie, structure du capital existant : les entreprises pourront désormais adapter leur trajectoire à leur réalité opérationnelle. En contrepartie, cette flexibilité s'accompagne d'obligations accrues de transparence.
Le principe du « meilleur effort » (best-efforts basis) est introduit officiellement : les entreprises rencontrant des obstacles indépendants de leur volonté peuvent maintenir leur accréditation SBTi, à condition de faire preuve d'une totale transparence sur ces obstacles et les mesures compensatoires déployées. Le SBTi précise qu'elles devront « utiliser tous les leviers à leur disposition » pour progresser.
Scope 3, crédits carbone, émissions résiduelles : les grands chantiers bougent
Parmi les évolutions les plus attendues, figure la question des émissions résiduelles. La V2.0 introduit un mécanisme de reconnaissance volontaire pour les entreprises qui agissent sur leurs émissions « en cours », c'est-à-dire difficiles à éliminer à court terme.
Plus significatif encore : le SBTi annonce une obligation progressive pour les grandes entreprises d'assumer une responsabilité croissante concernant ces émissions résiduelles à plus long terme, avec une obligation annoncée à partir de 2035.
Sur la question des crédits carbone, qui a été très débattue lors des consultations publiques, le SBTi maintient une ligne stricte : les crédits restent un complément, et non un substitut, aux réductions d'émissions directes. Ainsi, aucun mécanisme de compensation des émissions de chaîne de valeur (Scope 3) par des crédits n'est autorisé dans cette nouvelle version.
Des changements concrets pour les entreprises
Les entreprises déjà engagées dans le programme SBTi, plus de 11 000 à ce jour, pourront bénéficier des nouvelles flexibilités introduites par la V2.0, y compris celles ayant fixé des objectifs sous la version 1.3.
Le SBTi encourage les entreprises qui préparent ou renouvellent leurs objectifs en 2026 à soumettre leurs dossiers selon la V1.3.1 dans l'immédiat, en attendant la mise en place des outils de validation pour la V2.0. Pour Dr Kornelis Blok, président du Conseil technique indépendant du SBTi : « la norme Corporate Net-Zero V2.0 offre un cadre solide pour soutenir des progrès plus cohérents et mesurables vers la neutralité carbone, conformément aux données scientifiques ».
Au final, David Kennedy, directeur général du SBTi assure que : « celles qui utiliseront ce cadre bénéficieront d'un avantage concurrentiel tout en contribuant aux objectifs climatiques internationaux ».
Samorya Wilson
