Le premier baromètre Libeo de l'adoption de l'IA, publié ce 17 juin 2026, révèle qu’en trois ans, la part des PME françaises qui paient effectivement un fournisseur d'intelligence artificielle a été multipliée par près de douze. Au-delà de cette adoption massive, le marché connaît un bouleversement en ce début d'année 2026 avec la prise de pouvoir fulgurante d'Anthropic (Claude), face au pionnier OpenAI (ChatGPT).
L’adoption de l’intelligence artificielle par les petites et moyennes entreprises françaises n'est plus une simple intention, mais une réalité sonnante et trébuchante. C'est ce que suggère, chiffres à l'appui, le premier baromètre Libeo de l'adoption de l'IA, dont l'édition de lancement est publiée ce mercredi 17 juin. Pour réaliser cette enquête, Libeo, spécialiste de la gestion et du paiement des factures fournisseurs pour les PME, s’est basé sur ce que les dirigeants paient effectivement et non pas sur ce qu’ils déclarent faire.
Le baromètre repose ainsi sur l'observation des factures adressées à OpenAI, Anthropic et Mistral AI, transitant par la plateforme Libeo entre juin 2023 et mai 2026, sur un échantillon d'environ 2 000 entreprises françaises réalisant entre 1 et 50 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Il en résulte que la part d'entreprises de l'échantillon ayant réglé au moins une facture à l'un de ces trois fournisseurs est passée de 0,7 % en juin 2023 à un pic de près de 8 % au premier trimestre 2026. La progression, longtemps graduelle, s'est nettement accélérée à partir de la fin 2024.
Mais c'est le montant des dépenses qui frappe davantage encore. Selon le baromètre, la facture mensuelle moyenne par entreprise est passée d'environ 23 euros à la mi-2023 à plus de 200 euros au printemps 2026. Pour Libeo, ce décuplement du ticket moyen est le signe que l'IA a quitté le stade du test ponctuel pour s'intégrer aux processus de production des entreprises.
Anthropic détrône OpenAI : une bascule de marché inattendue
C'est le fait marquant mis en lumière par le baromètre de Libeo : une bascule historique s’est opérée sur le marché français au premier semestre 2026. Longtemps hégémonique, OpenAI a été dépassé par son concurrent Anthropic, à la fois en termes de volumes financiers investis et de nombre de clients. En mai 2026, Anthropic revendiquait même plus du double d’entreprises clientes par rapport au créateur de ChatGPT au sein du panel.
D'après le rapport, ce basculement s'explique par un panier moyen beaucoup plus élevé chez Anthropic. En avril 2026, la dépense moyenne d’un client atteignait près de 500 euros, contre environ 130 euros chez OpenAI. Ce fossé économique traduit des usages radicalement différents et plus intensifs, orientés vers l'intégration d'API et le déploiement d’agents autonomes, plutôt que vers de simples abonnements individuels.
L'étude précise que cette dynamique est le calque exact d'une tendance lourde déjà observée outre-Atlantique sur la même période. Pendant ce temps, le troisième acteur suivi, le français Mistral AI, conserve une présence stable mais sur des volumes plus modestes.
Des disparités sectorielles marquées
L'IA ne progresse pas au même rythme dans tous les secteurs. Sans surprise, selon le baromètre, c'est l'informatique et le numérique qui arrive très largement en tête, avec un taux d’adoption de 27,2 % sur douze mois glissants. Il est suivi d’assez loin par les métiers du conseil et de la gestion à 13,3 %, puis par le commerce de gros à 11,9 %. À l'autre extrémité de l'échelle, les secteurs de la santé, de l'immobilier et de la restauration restent très timides, affichant un taux d'adoption inférieur à 3 %.
La France suit la même trajectoire que les États-Unis, avec du retard
Pour construire ce baromètre, Libeo s'est explicitement inspiré du Ramp AI Index américain, qui mesure l'adoption de l'IA à partir des dépenses réelles de plus de 50 000 entreprises clientes de la plateforme Ramp. La comparaison est instructive. Selon les données compilées par Libeo, aux États-Unis, l'adoption de l'IA a franchi le seuil de 50 % des entreprises au printemps 2026, là où le baromètre français plafonne autour de 8 %. L'étude note toutefois que le Ramp AI Index inclut les paiements par carte d'entreprise, y compris les abonnements individuels, quand le baromètre Libeo ne capte que les factures fournisseurs : la comparaison directe est donc à prendre avec précaution.
Ce qui est en revanche frappant, selon l'entreprise, c'est que la même bascule de marché entre OpenAI et Anthropic s'est produite aux États-Unis au même moment qu'en France. Ce parallélisme suggère, selon Libeo, un mouvement de fond commun aux marchés occidentaux plutôt qu'une spécificité nationale. Et il laisse entrevoir un potentiel de rattrapage considérable pour les PME françaises.
Une adoption qui s'ancre dans la durée
Malgré les écarts d’adoption, l'ancrage de l'IA semble s'inscrire dans la durée. L'enquête met en avant des signaux majeurs de maturité, comme la fidélité et la diversification des sources. Ainsi, près de 65 % des entreprises qui payaient un fournisseur d'IA il y a un an, étaient toujours actives récemment. Soit, un taux de rétention à un an qui accrédite l'idée que l'IA est désormais un poste de dépense récurrent et non un effet de mode.
Par ailleurs, près d'un adopteur sur quatre (24 %) paie désormais plusieurs fournisseurs en parallèle signe, selon le baromètre, d'une stratégie d'outillage plus mature, combinant les points forts de chaque plateforme.
À noter que Libeo prévient elle-même que ses chiffres constituent un plancher. Par conséquent, l'adoption réelle de l'intelligence artificielle dans les PME françaises serait donc nécessairement supérieure à ce que ces données révèlent, ce qui rend la dynamique observée d'autant plus significative.
Samorya Wilson