Leadtech 2026 lance le chantier de la profession comptable de demain

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Le 4 juin 2026, à Paris, s'est tenue la toute première édition de Leadtech, un événement organisé par le CNOEC autour d'une question centrale : comment la profession va-t-elle se réinventer face à l'intelligence artificielle, la facturation électronique et l'explosion de la donnée ? Une journée dense qui a posé les bases d'un dialogue structurant entre deux mondes appelés à ne faire plus qu'un.

La transformation digitale frappe désormais à la porte des cabinets comptables, et plus personne ne peut faire semblant de ne pas le voir. C'est dans ce contexte d'accélération tous azimuts que le Conseil national de l'Ordre des experts-comptables (CNOEC), l'Observatoire de la Fintech et l'Observatoire des Techs de la profession comptable ont uni leurs forces pour lancer Leadtech, un événement pensé non comme un salon de plus, mais comme une plateforme de dialogue stratégique entre la profession et l'écosystème innovant.

Damien Charrier, Président du CNOEC, a fixé le cap dès l'ouverture : « la profession comptable vit une transformation décisive. Intelligence artificielle, facturation électronique, souveraineté numérique, cybersécurité, exploitation de la donnée… ces mutations redessinent nos métiers et notre rôle auprès des 3,5 millions d'entreprises que nous accompagnons au quotidien. Comprendre, anticiper, agir collectivement : c'est tout l'objet de Leadtech ».

Au programme de cette journée où étaient présents d’acteurs de la Tech et de la Fintech : 8 tables rondes thématiques, des espaces de démonstration produit, et en fil rouge, une ambition affichée : faire de Leadtech un rendez-vous annuel incontournable, prélude à terme d'une véritable Paris Accounting Week, temps fort européen de l'innovation comptable.

L'IA entre enthousiasme et vertiges dans les cabinets

Les chiffres publiés lors du dernier Congrès national des experts-comptables (septembre 2025) restent significatifs : 65 % des cabinets utilisent déjà l'IA pour automatiser les écritures comptables. Mais seuls 14 % s'en servent pour l'analyse financière avancée et 21 % n'ont toujours pas franchi le pas. La transformation est lancée, mais elle reste largement à structurer.

Sur les tables rondes consacrées à l'IA, le ton était à la fois lucide et mobilisateur. Jérôme Kieffer, expert-comptable associé et Président de Rydge Conseil, a esquissé les contours du collaborateur de demain : « on va demander à un collaborateur d'être un petit peu plus aguerri sur la curiosité et l'esprit critique. Le collaborateur doit se poser de bonnes questions, comme un auditeur, un contrôleur. On doit le pousser à devenir curieux, avec force du discernement ».

Un glissement de posture radical que Grégoire Lelercq, CEO de MyUnisoft, traduit par une métaphore médicale : « le challenge est de passer du médecin généraliste au médecin spécialiste. La médecine généraliste, demain, c'est la facture électronique et l'IA. L'expert-comptable va devoir devenir un spécialiste enrichir ses compétences de conseiller en fiscalité, en patrimoine, en gestion de trésorerie ».

Mais derrière l'enthousiasme, une fracture commence à apparaître au sein même des équipes. Jérôme Kieffer l'a confié avec franchise : « on voit très nettement se dégager des gens qui nous disent : c'est génial, je vais être débarrassé des tâches rébarbatives. Mais on voit aussi apparaître un nombre pas neutre de personnes qui ne veulent pas de ce métier en train de se dessiner, et qui le disent. C'est une véritable segmentation que vous devez avoir dans vos cabinets aussi ».

Jusqu'où faire confiance à la machine ?

La question de la responsabilité et du contrôle humain a traversé l'ensemble des débats comme un fil rouge. Alya Yacoubi, Vice-President AI chez Silae, a posé les jalons d'une cohabitation raisonnée : « l'IA générative est basée sur des probabilités. Le contrôle humain est nécessaire, surtout dans cette phase initiale. C'est l'humain qui juge. Et c'est l'humain qui décidera quand il fait suffisamment confiance à l'IA pour la laisser agir seule ».

Murielle Adagbe-Perrin, expert-comptable associée d'AD'CO Experts et rapporteur général du dernier Congrès national, a quant à elle défini les cinq piliers d'un dossier de révision irréprochable : « exhaustivité, exactitude, justification, cohérence économique et traçabilité. Si ces cinq critères sont réunis, alors je dirai que le dossier est irréprochable. Et à ce stade, un dossier irréprochable, c'est un dossier avec intervention humaine ».

De son côté, Éric Choteau-Laurent, CEO d'ACD, a pointé le risque spécifique de l'analyse apparente : « l'IA peut produire une analyse complètement fausse, mais probante. L'argumentaire est tellement bien tenu qu'on pourrait y croire. Et c'est là qu'intervient l'expert, avec son expérience, capable de détecter le vrai du faux ».

Quant à Edward H. Klein, Senior Market, expert consultant chez Inqom, il a convoqué pour sa part la métaphore de l'accident aérien Rio-Paris pour illustrer les dangers d'une confiance aveugle aux données de la machine : « les pilotes s'étaient acharnés à tirer sur le manche sur la base d'une sonde gelée, plutôt que de considérer le réel. Et l'avion a décroché. Ce qui donne l'âme à un expert-comptable, c'est de pouvoir catégoriser le contexte. Ça, l'IA ne pourra pas le faire ».

Les bonnes pratiques pour ne pas rater le virage

Concrètement, comment un cabinet s'empare-t-il de l'IA sans se noyer ? Les intervenants ont livré leurs recettes, sans langue de bois.

Grégoire Lelercq a plaidé pour une IA souveraine et intégrée : « choisir une IA maison, collée à la plateforme de production choisie. La donnée doit être propre, riche, encapsulée , pour aller vers le métier de demain, un métier de conseil et d'usage ».

Géraud Ferrandier, Fondateur d'Effiz, a lui mis en garde contre l'usage anarchique des outils : « Le mauvais réflexe, c'est d'oublier de fixer un cadre dans le cabinet. Chez Effiz, on a choisi d'avoir un responsable de prompt. Et on met en place des agents de contrôle du programme proposé par l'IA ».

Vers un dialogue pérenne

Au-delà de la journée elle-même, Leadtech ambitionne de s'inscrire dans la durée. Christophe Priem, coordinateur de l'Observatoire des Techs de la profession comptable, résume l'enjeu : « notre objectif est de donner aux experts-comptables une lecture claire et opérationnelle des innovations qui transforment leur métier. Leadtech constitue une étape clé pour structurer cet écosystème et accélérer l'adoption des technologies au sein des cabinets ».

Mikaël Ptachek, président de l'Observatoire de la Fintech, voit encore plus loin : « avec Leadtech, nous souhaitons créer un espace structurant où la profession comptable et les acteurs technologiques peuvent dialoguer d'égal à égal. L'ambition est claire : accompagner concrètement la transformation des cabinets et poser les bases d'un rendez-vous de référence à l'échelle européenne, avec à terme une véritable Paris Accounting Week ».

À l'issue de cette première édition, un Livre Blanc sera publié pour restituer les grandes tendances, synthétiser les enseignements des tables rondes et formuler des recommandations opérationnelles à destination des cabinets.

En conclusion, citons Jérôme Kieffer, qui a su mettre des mots simples sur une réalité profonde : « il y a quatre millions de PME en France. Nous sommes leur premier conseil, leur tiers de confiance. On a un avenir radieux si on prend l'IA à bras-le-corps, mais il faut un petit peu changer ».

À en juger par l'ampleur des chantiers ouverts lors de cette journée, la révolution sera peut-être plus grande que prévu.

Samorya Wilson